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Établis à Saillans, le château de Carles et son vignoble de 19 hectares surplombent l’un des tertres de Fronsac, qui domine le plateau calcaire. Ses coteaux argilo-siliceux et argilo-calcaire exposent leurs flancs au sud et à l’est, regardant vers la vallée de l’Isle, avec pour ligne d’horizon les villages de Pomerol et de Saint-Émilion.
En appellation fronsac, ce cru appartient aujourd’hui aux descendants de Guillaume Chastenet de Castaing, acquéreur du domaine en 1900. La cinquième génération à la tête de l’exploitation depuis 2021 se compose d’un duo de femmes : Eléonore de Lencquesaing et Oriane Sallé de Chou. Cette dernière, brillante avocate, a quitté la direction juridique de l’entreprise Kenzo pour revenir en Fronsadais, terre de ses ancêtres. Vigneronne dans l’âme, elle a enclenché avec Yannick Reyrel, le directeur de la propriété, un nouveau cycle dynamique qui confirme ces dernières années l’excellent potentiel de Carles. À l’écoute de ce grand jardin de vignes, l’équipe est soucieuse d’y maintenir une biodiversité forte. Travail des sols, enherbement, bannissement des insecticides, mise en place de semis pour favoriser le décompactage et l’enrichissement microbiologique des sols, implantation de ruches pour garantir la pollinisation des végétaux, etc., ont permis une certification HVE3 et le cru s’est engagé dans la voie du développement durable. L’âge moyen des vignes varie entre 35 et 40 ans. Le merlot domine les assemblages, mais le cabernet franc y joue un rôle de plus en plus important. Des replantations ont lieu à partir de sélection massale et le cépage devrait bientôt représenter 20 à 25 % de l’encépagement. En cave, la démarche se précise également, comme l’explique Yannick Reyrel : « À mon arrivée, en 2018, nous avons abandonné la vinification intégrale en barriques au profit d’une vinification en cuves. Il convenait également de redécouper nos parcellaires sur les 17,5 hectares plantés ». Aujourd’hui, la moitié de la récolte (en moyenne) donne la cuvée Haut-Carles, grand vin de la propriété essentiellement issu de vignes plantées sur le plateau argilo-calcaire. Le nouveau cuvier, inauguré avec le millésime 2020, a permis le recours à des contenants tronconiques inversés, mieux adaptés aux extractions douces. L’élevage du vin se fait pour 40 à 50 % en fûts neufs, complétés par un peu d’amphores de terre cuite pour conserver un caractère fruité. Depuis 2023, les foudres Stockinger sont devenus majoritaires et ont permis de gagner en pureté et de donner une lecture des terroirs plus aboutie. Le vin ne cesse de progresser ces derniers millésimes, affichant encore plus de chair, de saveurs et de raffinement aromatique, gagnant en nuances comme en charme.

La dégustation
Haut-Carles 2007
Charme velouté, fruit encore bien présent et beaucoup d’énergie en finale. Un bel accord est possible avec un lapin rôti.
90/100
Haut-Carles 2008
Tannin un peu serré au départ qui se détend au bout de deux heures d’ouverture. La bouche prend de l’ampleur et la finale se montre énergique. Idéal avec un confit de canard.
91/100
Haut-Carles 2010
Grand millésime avec de la profondeur, une dimension séveuse, une bouche caressante et fraîche et de belles notes de menthe poivrée en finale. À l’aise à table avec un thon rouge juste grillé.
94/100
Haut-Carles 2015
Nez aérien sur les notes légères de truffe noire, bouche sphérique et expressive portée par un tannin caressant. Parfait avec une côte de veau.
91/100
Haut-Carles 2016
Il s’agit du premier millésime où le vin est collé au blanc d’œuf. Robe encore très jeune et brillante, bouche intense et énergique. Il jouera bientôt dans le même registre que l’excellent 2010.
94/100
Haut-Carles 2018
Changement important puisque ce 2018 a été vinifié en cuve. Aucune lourdeur, tannin enrobant, fruit éclatant et savoureux, de la pureté et cette fraîcheur évidente qui manque à une majorité de crus bien plus prestigieux dans ce millésime.
93/100
Haut-Carles 2019
Premier haut-carles vraiment signé Yannick Reyrel, qui se souvient avoir voulu « adapter la viticulture aux conditions du millésime ». Texture délicate, veloutée et soyeuse, tannin délicat qui donne de l’ampleur à la longueur de la finale, superbe par ses notes salines. Au-dessus des millésimes précédents.
95/100
Haut-Carles 2020
Un peu plus fermé aujourd’hui, mais on sent cependant beaucoup de potentiel dans sa structure importante, avec ce qu’il faut de sensualité pour ce millésime solaire.
93/100
Haut-Carles 2022
Grande intensité dès le milieu de bouche, texture soyeuse, il présente encore plus de potentiel et de fraîcheur que le 2020. Belle touche crayeuse de la finale. Taillé pour la grande garde.
94/100
Haut-Carles 2023
(en cours d’élevage)
Le vin le plus abouti de cette verticale d’un point de vue aromatique. Inédite, l’intégration dans l’assemblage des cabernets francs issus de sélection massale fait la différence, donnant à l’ensemble des notes de pivoine et de rose poivrée. Subtile, la bouche a des accents aériens et bourguignons. Grande fraîcheur et trame crayeuse. Les foudres Stockinger sont désormais majoritaires au cours de l’élevage, particulièrement réussi.
95-96/100