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Des sept grands crus de Chablis, ensemble de 103 hectares, Grenouilles n’est pas le plus connu. Déjà, c’est le plus petit, seulement 9,38 hectares plantés. Surtout, il n’est exploité que par sept producteurs : Louis Michel, Testut (aujourd’hui Brocard), Droin, Gautherin, Daniel-Étienne Defaix, Régnard et la coopérative La Chablisienne, qui en détient à elle seule 7,20 hectares, répartis en douze parcelles dont s’occupent à temps plein deux salariés. Avec sa configuration en amphithéâtre qui borde le Serein et ses brumes humides au printemps favorisant les températures négatives, Grenouilles est aussi le terroir le plus gélif. De grenouilles, il n’est plus question aujourd’hui, mais la route très passante qui trace au pied n’a jamais été l’amie des batraciens. Les plus vieilles vignes plantées ici datent de 1947, les dernières plantations, de 2017. La protection contre le gel se fait tantôt par câbles chauffants, tantôt par bougies. Côté vinification, le schéma est bien rôdé, la douzaine de parcelles permettant de gérer les écarts de maturité avec le parcours de vendanges. Les vins sont entonnés en cours de fermentation. Estelle Roy, la jeune œnologue de la cave, a porté la part de fûts de 30 à 50 %, mais il n’y a toujours pas de bois neuf. À partir du millésime 2022, les contenants de 228 litres ont laissé la place à des 400 litres, laissant entrevoir un supplément de pureté calcaire dans les années qui viennent. Comme tous les grands crus de Chablis, celui de Grenouilles est mis en bouteille après dix-huit mois d’élevage, pour une attente supplémentaire de deux années en bouteille avant commercialisation. Les bonnes années, le rendement moyen avoisine les 35 à 40 hectolitres à l’hectare, quand le décret en autorise jusqu’à 54.
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Le millésime 1979 a été le premier vinifié par la cave, dans un site implanté au cœur de la colline. Au fil du temps, les vins ont été étiquetés Château Grenouilles CFA puis Château Grenouilles, l’ancien second vin (Fiefs de Grenouilles) ainsi que la vente d’un peu de vin en vrac au négoce local ayant cessé. Comme le détaille Damien Leclerc, le directeur général de La Chablisienne, d’autres évolutions sont à venir : « Pendant longtemps, on a eu besoin de la marque La Chablisienne pour crédibiliser la marque Château Grenouilles. Avec les nouveaux habillages, son nom s’efface. Mais juridiquement, les deux entités ont toujours été différentes. » Officielle depuis février 2025, cette distinction de marque permettra une montée en gamme. Comment définir le style du grand cru Grenouilles ? C’est sans doute celui qui offre le plus de finesse, d’équilibre et d’élégance, le distinguant toujours de ses pairs. Il n’a pas le caractère froid du grand cru Blanchot, dont l’orientation au soleil du matin donne un fruité blanc, pas non plus le caractère solaire et floral de Vaudésir, la puissance soyeuse de Preuses ni la dimension saline de Bougros ou de Valmur et bien sûr, pas la puissance ample et large du grand cru Les Clos. Bref, un style unique qui méritait bien un château pour lui rendre hommage.
La dégustation
Château Grenouilles 2022
Encore un peu jeune, des nuances de fleurs et de fougères, des amers déjà prononcés en bouche. Avec le temps, ils vont s’associer aux senteurs plus végétales. Net, pur et droit.
93/100
Château Grenouilles 2021
Fruité évolué avec un départ exotique marqué (fruits de la passion), il devra être bu plus rapidement que d’autres. C’est le dernier millésime élevé en pièces de 228 litres et l’élevage est un peu plus marqué en bouche dans ce millésime difficile (gel, oïdium, pluie).
91/100
Château Grenouilles 2020
Début des vendanges le 25 août, ce qui se ressent dans les parfums de fruits bien mûrs, avec un petit blocage de maturité qui amène quelques notes végétales. Ses amers se déploient en bouche.
92/100
Château Grenouilles 2019
Dès le premier coup de nez, les parfums de fruits bien mûrs, légèrement confits, explosent dans le verre. L’élevage en pièces lui va bien, lui conférant une rondeur caressante puisque le vin avait la matière pour le supporter. La bouche est tapissante, fondue, avec une franche expression minérale. Il goûte déjà bien et va évoluer. Grand millésime.
96/100
Château Grenouilles 2018
Un nez puissant, mûr, intense, sans la longueur et l’énergie du brillant 2019. Il n’est pas certain que le temps lui permette de rattraper son retard, même s’il s’améliore
à l’aération. Un vin
à carafer.
93/100
Château Grenouilles 2016
Servi en magnum. Quelques notes végétales durcissent légèrement la bouche, mais des parfums d’ananas apportent une gourmandise que l’on a envie d’apprécier sans plus attendre, avec cette séduisante nuance épicée poivrée (poivre blanc).
93/100
Château Grenouilles 2015
Servi en magnum. Les parfums sont élégants, mais encore un peu discrets. En revanche, dès l’entame de bouche, on a bien le supplément de volume et la puissance attendus d’un grand cru. Harmonieux, nuancé et abouti, avec des amers qui restent frais en finale et presque mentholés. Très chablis dans le style.
96/100
Château Grenouilles 2014
Ouvert, franc, avec un jus plus délié et de savoureux amers en finale. Pas un millésime démonstratif, mais une belle matière.
93/100
Château Grenouilles 2013
Servi en magnum. Des parfums un peu évolués, le fruit blanc est plus cuit que frais. Avec les nuances végétales et minérales en bouche cela donne un vin rond, qui finit sur une agréable saveur iodée. Il va se maintenir, son évolution semble derrière lui.
92/100
Château Grenouilles 2010
Servi en magnum. Au nez, on franchit un cap, avec un départ sur les épices, le poivre blanc. Belle complexité des arômes, moins de fruit et plus de minéralité, on retrouve la coquille d’huîtres tant recherchée. La bouche est savoureuse, avec une texture de belle épaisseur, un toucher soyeux. Un millésime idéalement équilibré, mûr mais sans excès, avec une acidité présente mais pas mordante, et une franche expression minérale. Longue persistance, dans l’harmonie et l’équilibre.
97/100
Château Grenouilles 2009
Le contraste avec le 2010 est évident. Le vin est plus solaire et présenté en bouteille. On apprécie ses amers minéraux en bouche, associés à des senteurs de jus d’ananas, mais le volume de bouche fait plus penser à un beau premier cru (type Mont de Milieu) qu’à un grand cru.
93/100
Château Grenouilles 2008
Petit manque de précision aromatique, l’acidité et les amers de bouche ne tirent pas dans
la même direction. Il est sûrement encore trop jeune, mais difficile à juger véritablement. Dans le doute, on le laisse en cave.
92/100
Château Grenouilles 2005
Changement de couleur dans la robe, le doré est marqué, toujours à reflets verts. Des annonces de sous-bois, de champignons des bois (mousseron), de noisette, de truffe blanche, c’est complexe et noble. Tout en finesse et en élégance, une grâce que l’on retrouve en bouche, avec harmonie et gourmandise. Il est aujourd’hui à maturité.
95/100
Château Grenouilles 2004
Servi en magnum. Un nez prononcé, entre fenouil grillé et nuances racinaires, le vin a toujours proposé ces nuances aromatiques particulières et le caractère fruité a disparu depuis longtemps, ce qui permet d’apprécier son glissant et son soyeux en bouche, avec une ultime persistance sur le poivre blanc. Ni grand ni long, mais harmonieux et agréable, il donne envie d’y revenir et appelle une cuisine végétale, des légumes grillés, quand le 2005 par sa noblesse aromatique appelle des plats plus crémés, plus riches. Il tient bien à l’aération.
94/100
Château Grenouilles 2000
Les parfums sont évolués et plaisants (fruits secs, sous-bois), mais en bouche il reste un peu étriqué, sur une réduction toastée grillée qui prend un peu le dessus sur la lecture
du terroir. Ce n’était pas le millésime du siècle en Bourgogne, mais les parfums sont séduisants.
90/100
Château Grenouilles 1999
Des parfums attirants de miel et de sous-bois, de noisette et de châtaigne grillée. La bouche est tapissante et enveloppante, il semble à point mais sans montrer le moindre signe de fatigue. Très plaisant.
94/100
Château Grenouilles 1996
C’est bien un 1996, toujours cette acidité marquée, un peu dure et anguleuse en bouche. Les arômes affichent une belle évolution, même si les champignons (mousseron) évoquent un sous-bois un peu humide et dans un style plus terrien que celui du 2005.
92/100
Château Grenouilles 1995
Servi en magnum. Notre flacon n’est pas parfait au nez, mais en bouche on retrouve la rondeur et la caresse que l’on apprécie dans les vieux vins de Chablis, avec une fraîcheur presque réglissée. Il gagne beaucoup à l’aération.
94/100
Château Grenouilles 1989
Joli nez encore jeune après plus de 30 ans de bouteille, expression convaincante de fruits mûrs encore frais (pêche, ananas), une touche de truffe blanche lui donne du piquant. Dans ce millésime solaire, le millésime l’emporte sur l’expression du sol. Il reste un grand vin, puissant et savoureux, encore riche à déguster, il fatigue un peu le palais. Plus un vin de volaille que de poisson.
94/100
Château Grenouilles 1979
Étonnant par ses parfums qui rappellent de nombreux 1979 en Champagne, fruits confits, truffe blanche, il s’ouvre bien dans le verre et maintient son énergie en bouche. Accompli.
93/100